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Chapitre I : Un pauvre voleur solitaire.
Nul ne connaît le passé d’Iskios. Pas même lui. Il serait né dans les environs d’Anton, mais il n’est pas un quidam qui pourrait le jurer. Il aurait été séparé très tôt de ses parents, mais personne ne saurait l’attester.
Par nature, Iskios est devenu solitaire. Il reste souvent distant et méfiant à l’égard des autres et se montre peu loquace quant à sa personne. Une charmante compagnie en somme !
Le reste de sa prime jeunesse est surtout constitué d’errance et de lutte, par tous les moyens, pour survivre. Et par tous les moyens s’entend par des actes prenant parfois beaucoup de libertés avec la légalité.
C’est ainsi qu’un morne jour de la saison des pluies, Iskios atteignit l’un des hameaux de la campagne d’Anton. Il comptait revendre les quelques produits de sa chasse et se restaurer dans une taverne acceptable. Le soir venu, errant dans les ruelles du petit bourg à la recherche d’un endroit sec où dormir, il remarqua une maisonnette à l’écart. Celle-ci semblait vide de toute vie. Un coup facile, pensa-t-il. Il quitta la rue et s’en approcha à pas feutrés dans l’herbe mouillée. Seuls des bruits lointains se faisaient entendre. Personne ne viendrait le déranger.
La serrure ne fut pas difficile à crocheter, mais le molosse tapi derrière la porte qui surgit en bavant et aboyant réduisit à néant la tentative du voleur en herbe. Iskios ne put que s’enfuir le plus rapidement qu’il lui était possible de le faire. Il se lança dans une course effrénée à travers les rues et les jardins du village. Déjà, le souffle du molosse lui chatouillait les chevilles. Il sema la bête en sautant in extremis une clôture, pour se retrouver nez à nez avec deux miliciens alerté par le vacarme.
L’un d’eux tenta de le faucher avec son épée. Fort heureusement, si Iskios avait retenu quelque chose de ses années d’errance, c’était l’art de l’esquive. Par un mouvement aussi subtil que spectaculaire, le voleur évita l’attaque du milicien et gagna les abords du village. Il se terra parmi les blés dans un champ le temps que la menace passe.
En s’éloignant du village, Iskios arriva à hauteur d’un grand moulin à vent. On distinguait à peine ses larges ailes noires dans la nuit sombre. Il ne serait pas dit qu’il ne réussirait pas à emporter quelques larcins de ce village. La visite du moulin fut donc entreprise. Rien que des sacs de farine et des outils de meuniers sans grande valeur, quel magnifique butin ! Par principe, Iskios s’empara d’autant de sacs et menus objets qu’il put porter.
Soupesant son sac pour voir si il pourrait en rajouter, Iskios n’aperçu qu’au dernier moment le meunier qui se précipitait sur lui armé d’un fléau à blé. Là encore, ses capacités d’esquive lui furent d’un grand secours.
Quelle manie de dormir dans son moulin, maugréa Iskios contraint de courir sous une pluie torrentielle, sur des sentiers boueux détrempés, le visage et les vêtements maculés de pâte de farine (fruit de son âpre lutte dans le moulin) et chargé comme un mulet.
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Chapitre II : Impitoyable.
Parcourant à la hâte le sentier s’éloignant de ce satané village, sale et épuisé, Iskios maudissait sa déveine et se jura de ne pas manquer sa prochaine occasion. Il avait la sensation que les lanières de son sac lui entaillaient les épaules et plus une partie de se qu’il portait n’était au sec.
Soudain, il s’arrêta net. Elle gisait là, étendue sur l’herbe, les vêtements ensanglantés par endroits, inconsciente. Déjà les corneilles s’approchaient de sa dépouille. N’écoutant que son courage, le jeune aventurier dégaina sa dague et chassa ces oiseaux de malheurs. Sales bêtes !… Je me servirais avant vous. Il s’approcha de la jeune femme inerte en observant en coin d’éventuels réactions, et laissa choir sa pesante besace pour être libre de ses mouvements. Bloing !! Le fracas de son contenu fit sursauté la victime qui le fixait désormais d’un regard apeuré. Décidément, il fallait vraiment travailler à acquérir davantage de discrétion se dit-il.
Prenant un air inquiet et préoccupé de circonstance, Iskios s’enquit de la santé de la jeune femme, n’omettant pas de préciser qu’il était arrivé juste à temps et qu’il s’en était fallu de peu avant qu’elle ne fut dévorée.
Après examen, les blessures de Duarna (c’était son nom) ne semblaient pas si grave et elle paraissait reconnaissante. Elle lui proposa même de faire route ensemble jusqu’à la ville la plus proche. Mon barda n’en sera que plus léger à porter, se dit Iskios, et peut être une nouvelle occasion se présenterait elle…
Une fois en ville, Iskios put revendre ses quelques « acquisitions » et Duarna panser ses blessures. Cette rôdeuse lui posait un dilemme. Bien que solitaire par habitude, il comprit l’avantage et le secours éventuel qu’il pourrait tirer à être deux. Par ailleurs, elle se montrait son obligée envers lui et Iskios n’était finalement pas avare de louanges. Ils décidèrent donc d’un commun accord de poursuivre leurs aventures ensemble.
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Chapitre III : Le bon, la brute et le truand
Iskios n’avait pas eu à regretter son choix. La coopération avec sa nouvelle partenaire s’était avérée fructueuse et distrayante. Chasser ensemble, ou encore la voir se battre contre sa coiffure pour finalement se déclarer vaincu et arborer une toilette des plus ridicules avait le don de réjouir le jeune homme.
Elle semblait vexée qu’il se moque d’elle. Pourtant, il faut m’en croire, sa coiffure était ….
Enfin, toujours est-il que ce jour là, Duarna avait voulu garder un peu de distance. Iskios avait donc pris de l’avance sur la route qui menait à Anton. Pressé qu’il était d’arriver avant la nuit pour revendre les fruits de leur chasse et trouver une auberge encore ouverte.
Mais s’était sans compter sur la capacité de sa partenaire à tomber dans des traquenards. En effet, alors qu’il apercevait distinctement les premiers toits des chaumières, Iskios entendit un cri à peine humain déchirer le calme de cette fin d’après-midi.
Là encore, Iskios se voyait dans l’obligation d’agir. A sa grande surprise, son instinct lui dicta de porter secours à son amie. Et puis, elle porte aussi plein de marchandises sur elle, se dit-il, comme pour justifier son élan.
La nature du cri laissant envisager une situation critique, l’aventurier rebroussa chemin et se précipita dans le sens inverse. Son sac, toujours trop chargé de biens aussi précieux qu’essentiels, l’empêchait presque de respirer. Comme pour compenser son manque de rapidité, il s’étrangla à hurler :
"Tiens bonn, puf puf, Duarna, puf puf, j'arriiive, puf "
Sur place, il découvrit son compagnon de route à terre, sérieusement blessée. A ses côtés, une guerrière en arme, d’une stature impressionnante, semblait reprendre son souffle pour mieux porter son coup fatal. Du souffle, Iskios n’en possédait plus une once. Il dut, lui aussi marquer une pause.
Se fut l’occasion pour chacun de se jauger. Tous trois se regardèrent tour à tour dans les yeux, cherchant à deviner les intentions de l’autre pour agir au mieux. Au fur et à mesure, leurs regards s’intensifiaient, se faisaient plus pénétrants. Chacun glissait imperceptiblement la main vers son arme ou s’assurait d’avoir celle-ci bien en main pour pouvoir porter le coup ultime au bon moment. Car oui, le prochain coup serait décisif, tous en avaient le sentiment inconscient. La question était de savoir qui romprait cette insupportable inertie.
Ce fut Iskios, qui se lança. N’y tenant plus, il fonça tête baissée, sans réfléchir sur l’assaillante. Il frappa sans trop savoir où, le plus fort qu’il put.
Retombant sur ses pattes, tel un félin altier et sauvage, Iskios fit face à son ennemi, et se sentit presque défaillir. En effet, la guerrière n’avait reçu qu’une entaille minime à la joue. Déjà il sentait la puissance de la contre-attaque qu’il allait endurer.
Cependant, à son grand étonnement, la fière combattante ne répliqua pas. Elle s’adressa à lui :
"Je vaincue. Vous avoir prouvez votre valeur meilleure que la mienne en touchant moi. Je ne pas dénoncer vous les autorités d'Anton, je ne plus défendre moi, je ne fuir, je ne plus attaquer votre amie. Vous faire de ma vie ce que vous voudre elle est à vous. Je trop faible pour survivre dans jungle du monde si je ne arriver à esquiver attaque d'un freluquet."
Interloqué par l’honneur de son adversaire, Iskios cessa le combat. Elle leur proposa de se joindre à eux. Conscient qu’un bras puissant tel que le sien serait sûrement utile, Iskios accepta sa requête. Bien que Duarna sembla moins en clin à accepter cette décision sans discuter. Allez comprendre pourquoi…
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Chapitre IV : Le temple maudit
A l’occasion d’une visite en ville, Iskios et ses compagnons de routes avaient rejoint un groupe d’aventuriers projetant d’explorer des ruines lointaines, dans les contrées de Stella. Cette perspective intéressait doublement Iskios. D’une part, ce serait l’occasion de découvrir de nouveaux horizons et éventuellement de ramener quelques « souvenirs ». D’autre part, le climat du royaume lui semblait, ces derniers temps, pesant et suspicieux à son égard. Les regards qu’il croisait paraissaient toujours lui demander : « N’est ce pas toi qui m’a dérober ma bourse ? » ; « Ne serais-tu pas le voleur qu’on recherche ces derniers jours ? ».
C’est ainsi qu’Iskios et ses deux amies, Duarna et Sorrow, débarquèrent à Stella. La grande ville offrait de nombreux commerce et une quantité effarante de temple. Quel besoin avait les gens d’ici d’avoir autant de lieux de culte, se demanda le voleur qui n’était jamais entré dans un temple que pour en dérober quelques calices, candélabres et autres objets précieux.
Malgré tout, la ville était accueillante et le nombre d’aventuriers présents venus pour découvrir ces ruines remplissait l’air d’une ambiance festive. Et chacun sait que les gens sont moins attentifs dans ces moments là…
Stella avait beau être charmante avec ses petits côtés excentriques et exotiques, ses environs l’étaient beaucoup moins. Les volontaires à l’exploration des ruines progressaient dans la plaine en formant un groupe étendu et désordonné. Iskios, prit par ses envies de découverte, les devança et s’aperçut rapidement de son erreur. Il rencontra des bêtes immenses et féroces, des monstres jamais vues auparavant. Des lions, des taureaux et même des tigres. Et surtout des tigres ! Ayant presque atteint les ruines, le pauvre voleur fut pris en chasse et rattrapé par un de ces puissants fauves qui lui lacéra profondément le dos. Les réflexes d’Iskios ne lui furent d’aucun secours. Et encore moins son malheureux couteau. Il finit par perdre connaissance et rouvrit les yeux plus tard dans un lieu inconnu.
Les habitants d’un village voisin (Jedda) l’avaient recueilli et soigné pendant la nuit. Rapidement sur pied, le voyage vers les ruines put reprendre.
Comme pour se venger de son agression, Iskios décima un maximum de rats et s’attaqua même, plus ou moins inconsciemment, à plusieurs chauves-souris. Ce fut donc plutôt exaltant comme expérience, bien que n’ayant fait que trucider de petites bêtes et actionner des interrupteurs en fin de compte.
Malgré tout, Iskios ne quitta pas les ruines ravi (alors qu’il était pourtant très chargé des carcasses de ses victimes). En effet, Sorrow annonça son départ au reste du groupe. Pour elle, cette quête l’avait visiblement plongé dans une profonde mélancolie. Elle avait décidé de partir seule et de rejoindre ses frères des plaines sauvages d’Anton.
Iskios s’en voulut un moment. Il cherchait à se convaincre qu’il n’aurait jamais due appartenir à un groupe. L’un d’entre eux finirait toujours par le lâcher. Néanmoins, il ne se persuada pas de retourner à la vie solitaire. Il lui restait Duarna et, maintenant qu’il y avait goûté, il ne se passerait plus de compagnie. Au fond de lui, il n’en voulait même pas à Sorrow.
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Chapitre V : Un nouvel espoir
De retour à Anton, Iskios pu vendre ses carcasses d’animaux (essentiellement des rats, mais il eut tout de même la fierté d’en avoir eu un qui savait voler…) et obtenir les fameuses relicartes qui lui permirent d’accroître sa force.
Oui, la force ! Iskios se sentait de plus en plus puissant grâce à ces items. Certains monstres qui le faisaient pâlir auparavant devaient le craindre à présent. Un jour il retournerait écharper un de ces tigres qui lui avait laissé de terribles marques dans le dos, il se le promettait.
De passage chez l’antiquaire, il fit la connaissance d’êtres bien singuliers. En effet, on ne pouvait s’empêcher de remarquer cette fille, cette enfant, qui courait et sautillait en tout sens avec l’apparence la plus enjouée qui soit. Elle s’entretenait avec un archer visiblement très attentifs à ses dires. Et pour causes, en guise de parole, cette sorte d’enfant sauvage poussait des petits cris stridents entrecoupés de gazouillements bizarres.
Enfin, l’archer semblait prendre ça pour un langage… Ce qui est finalement assez peu étonnant à la vue du sien. Son patois était, en effet, à peine plus audible. Il fallait s’accrocher pour le comprendre.
Alors qu’Iskios contemplait cette scène avec ahurissement, Duarna ne trouva rien de mieux à faire que d’engager la conversation avec ces individus. Toujours à se mettre dans des situations inextricables, se dit-il. Iskios fit tout de même l’effort de se présenter auprès de Duii et Lafleur et laissa Duarna conter avec quel courage il l’avait sauvé.
En mal de compagnon, Sorrow les ayant quittés il y a peu, il fut décidé qu’ils pourraient faire route ensemble et Lafleur devait rejoindre Duarna et Iskios partis chasser dans les contrées de l’est d’Anton.
Iskios n’en finissait plus de savourer sa toute puissance, achevant des blaireaux devenus incapables de se défendre, pourfendant des corneilles, étripant des chats sauvages et des araignées. Aïe, non les araignées piquent un peu trop fort et courent un peu trop vite, il faudra repasser.
Soudain, alors qu’il s’approchait à pas de loup d’un chat dans les herbes hautes, un cri de détresse fit sursauté le chasseur et s’enfuir sa proie. Duarna !!? … A non, elle est là à côté !?
Il s’agissait du pauvre Lafleur, victime d’un de ces brigands de grand chemin alors qu’il les rejoignait. Le malfaiteur l’avait laissé sur le bord du chemin, baignant dans son sang et les poches vides (après vérification).
Duarna entreprit de pister le bandit et ils suivirent sa trace jusque dans les faubourgs d’Anton. Quand elle pu enfin l’identifier, Duarna désigna Liam à Iskios. Ce dernier s’en approcha discrètement (comme il savait si bien le faire) et pourtant la future victime ne remarqua rien. Il camoufla son couteau dans sa manche et s’approcha, l’air sombre et déterminé. Quelques pas rapides et il passa à l’acte. Deux coups précis et expéditifs donnés sous les côtes, occasionnant de profondes blessures. Alors qu’il s’effondrait, Iskios fixa sa victime et lui dit d’un air solennel :
"Souviens-toi de Lafleur, tu ne lui as laissé aucune chance!"
Iskios en profita pour dépouiller sa victime et s’emparer de ses deniers (deux seulement, le radin !), butins de chasse et des précieux arkhanas. C’est beaucoup plus facile ainsi, j’aurais du y penser avant, remarqua-t-il.
Puis, il s’enfuit dans les ruelles et gagna l’extérieur de la ville au cas où quelqu’un aurait prévenu la milice. Là, Iskios prit un temps pour réfléchir. Il éprouvait une certaine satisfaction à avoir accompli cet acte. Ce n’étant pas tant d’avoir venger son nouvel ami, mais l’acte en lui-même. Sa force avait pu se déchaîner et s’exprimer pleinement. Rien n’avait pu l’arrêter.
Quelque chose avait changé. Il avait tué un homme. Quelles conséquences cela aurait ?
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